Bébert.  Accueil La ruche française Introduction Des abeilles Ruchers Ruches Construction de la Ruche Française Usage de la Ruche Française Miel Cire

CHAPITRE II

Préparation de la Cire

Lorsqu'on a extrait des rayons tout le miel qu'ils contenaient, on met le marc dans une chaudière remplie d'un tiers d'eau et placée sur un feu clair. Dès que la cire est fondue et qu'elle commence à bouillir, on la verse dans le coffre du pressoir garni de ses toiles, et l 'on presse; ou, si on n'a pas de pressoir, on la verse dans le sac pointu pour la soumettre à la pression des deux bâtons. On reçoit la cire dans des baquets où on a mis un peu d'eau.

Si on croit qu 'il soit resté de la cire dans le marc, on l 'en extrait en le faisant fondre et le pressant de nouveau.

Au lieu d'extraire la cire par pression, on peut la mettre dans un sac de canevas serré, qu'on place au fond d'une chaudière; on assujettit le sac dans cette position par un ou plusieurs poids; on verse de l'eau par-dessus, jusqu'à ce que les poids soient recouverts, puis on fait bouillir. À mesure que la cire fond, elle surnage à la surface de l'eau, où on la ramasse avec une cuiller à ragoût, ou bien on la laisse se refroidir et se figer.

Dans tous les cas, la cire ainsi purifiée d'un marc hétérogène par une première opération, se remet dans une chaudière avec un peu d'eau ; et quand elle commence à bouillir, on la verse dans des moules de terre ou de fer-blanc pour en former des pains.

CHAPITRE III

Avantages qu'on peut retirer de la Culture des Abeilles.

La culture des abeilles a, dans tous les temps, excité l'intérêt des agronomes : le grand nombre d'ouvrages écrits sur la matière le prouve. Tour-à-tour les naturalistes et les cultivateurs ont pris la plume pour nous instruire et pour nous guider, et cependant la pratique est encore à son enfance dans presque toutes les campagnes.

Cette branche d'économie rurale, qui procure à l'homme des champs les jouissances les plus douces, n'exige que de très-modiques avances. Point de bergeries à construire, de fourrages à acheter à grands frais, de vastes parcours à affermer : un logement sain et propre, quelques soins plus récréatifs que pénibles, voilà tout ce qu'il faut; la diligence des abeilles fait le reste.

Et ce n'est pas ici un simple objet d'agrément : outre le plaisir qu'il goûte au milieu de ses abeilles, le cultivateur y trouve un produit assuré et important. Un calcul présenté sur des bases modérées, va donner une idée du bénéfice qu'on peut en retirer dans un canton qui serait favorable sans être excellent.

Je suppose qu'on commence une exploitation d'abeilles par six essaims achetés au mois de mai. Je porte leur prix à six francs chacun 3 celui d'une ruche française, y compris le siège et le surtout, à la même somme. J'évalue le produit des essaims naturels, dans un bon canton, à trois kilogrammes de miel, les uns dans les autres ; celui des mères ruches, et des essaims artificiels aussi productifs qu'elles, à six kilogrammes, quoiqu'un canton excellent pourrait rendre le double. Je suppose qu'on n'extraie qu'un essaim de chaque ruche, afin d'avoir de meilleures récoltes, et quelque-fois un essaim secondaire des essaims très forts, obtenus de bonne heure, afin de remplacer les pertes fortuites, et de maintenir le doublement des ruches qu'on doit attendre chaque année de l'essaimage. J'estime deux fr le kilogramme de miel récolté dans la ruche française. Je compte un hectogramme de cire dans une récolte de trois kilogrammes de miel. J'évalue la cire à trente centimes l'hectogramme ; et voici mon calcul :

PREMIÈRE ANNÉE

DÉPENSE

6 essaims du mois de mai, à 6 fr chacun (24,34 €) 36 fr 146,05 €
6 ruches françaises pour les loger, à 6 fr (24,34 €) 36 fr 146,05 €


Total 72 fr 292,11 €

PRODUIT

18 kg de miel à 2 fr le kg 36,00 fr 146,05 €
600 gr de cire en provenant, à 30 c 1,80 fr 7,30 €
1,2 kg de cire récoltée à l'entrée de l'hiver 3,60 fr 14,61 €


Total 41,40 fr 167,96 €
Dépenses 72,00 fr 292,11 €


Reste d'avance 30,60 fr 124,15 €

Deuxième ANNÉE

DÉPENSE

Reste d'avance de l'année précédente 30,60 fr 124,15 €
Six ruches françaises pour six essaims 36,00 fr 146,05 €


Total 66,60 fr 270,20 €

PRODUIT

On aura douze ruches, qui donneront :

72 kg de miel à 2 francs 144,00 fr 584,22 €
2,4 kg de cire en provenant 7,20 fr 29,21 €
2,4 kg de cire récoltée à l'entrée de l'hiver 7,20 fr 29,21 €


Total 158,40 fr 642,64 €
Dépense 66,60 fr 270,20 €


Produit net 91,80 fr 372,44 €

Troisième ANNÉE

DÉPENSE

12 Ruches pour les essaims 72,00 fr 292,11 €

PRODUIT

On aura vingt-quatre ruches, qui donneront :

144 kg de miel 288,00 fr 1 168,43 €
4,8 kg de cire en provenant 14,40 fr 58,42 €
4,8 kg de cire récoltée à l'entrée de l’hiver 14,40 fr 58,42 €
Total 316,80 fr 1 285,27 €
Dépense 72,00 fr 292,11 €
Produit net 244,80 fr 993,17 €

Quatrième ANNÉE

DÉPENSE

24 Ruches pour les essaims 144,00 fr 292,11 €

PRODUIT

On aura quarante-huit ruches, qui donneront :

288 kg de miel 576,00 fr 2 336,86 €
9,6 kg de cire en provenant 28,80 fr 116,84 €
4,6 kg de cire récoltée à l'entrée de l’hiver 28,80 fr 116,84 €
Total 633,60 fr 2 570,55 €
Dépense 144,00 fr 584,22 €
Produit net 489,60 fr 1 986,33 €

Telle est cependant la gradation des produits qu'on peut obtenir par une avance de 72 fr qui, à la quatrième année, aura produit un fonds de près de 500 fr et un revenu annuel presque égal au capital. Je n'exagère point ; et la culture des abeilles fournit dans les campagnes plusieurs exemples de produits qui dépassent de beaucoup ceux de mon calcul hypothétique. M. Lombard, dont le canton n'est pas des plus favorables, a tenu des notes desquelles il résulte que le produit moyen de chacune denses ruches excède vingt francs par an.

Ce n'est pas que cette progression croissante de capitaux et de revenus que procure la culture des abeilles, puisse se prolonger à l'infini : quand on a suffisamment garni de ruches les alentours de son habitation, on peut en transporter dans le voisinage; et si on manque de propriétés, on les place à cheptel. Enfin quand on n'a plus la possibilité de les multiplier, on vend les essaims, ou bien on n'en extrait plus que pour suppléer aux perles ; et on empêche leur sortie naturelle par des récoltes hâtives et multipliées qui font gagner en miel ce qu'on perd en essaims. Non seulement alors les produits sont augmentés par l'abondance des récoltes, mais en outre la dépense devient nulle, en ce qu'on n'a plus besoin d'acheter de nouvelles ruches.

La facilité qu'offre une exploitation d'abeilles, la commodité de l'associer à toute autre exploitation rurale, le peu de temps qu'elle emploie lorsqu'on procède d'après une bonne méthode, la modicité des avances et des ressources qu'elle exige de la part de ceux qui s'y livrent, les plaisirs dont elle compense les soins qu'on y donne, la certitude et l'importance de ses produits , devraient faire multiplier les ruches sur le sol fertile de la France. Aujourd'hui que l'agriculture y est honorée, que des savants l'enseignent et la pratiquent, que des sociétés illustres y consacrent leur travaux,que le Gouvernement la protège, et que par conséquent tout concourt à l'améliorer ; la culture des abeilles, encouragée aussi par la valeur de ses produits obtenus presque sans frais, et éclairée soit par les progrès qu'a faits l'histoire naturelle de ces intéressants insectes, soit par plusieurs bons traités d'enseignement pratique, devrait se ressentir de cette heureuse impulsion ; et ses progrès, ralentis par les essais infructueux d'un grand nombre de méthodes défectueuses, devraient reprendre un nouvel élan dans les campagnes, où elle était devenue, il y a quelques années, un art à la mode.

Puisse cet enthousiasme renaître, et conduire enfin à sa perfection cette branche intéressante de l'économie rurale, qui sera toujours pour le naturaliste un champ inépuisable d'observations, qui procurera de l'aisance au pauvre, et dans laquelle le spéculateur, en multipliant les établissements, peut s'assurer des profits importants.

Mais c'est au choix d'une bonne méthode, que sont attachés tous les avantages de cette culture. La ruche française -, ou la prévention d'auteur m'aveugle, est très-propre à établir une bonne culture d'abeilles. Elle assure la conservation des ruches par le renouvellement de la cire, leur multiplication par sa commodité à former des essaims artificiels, et leur produit annuel par la facilité de sa récolte et par la pureté du miel qu'on en retire.

Objectera-t-on qu'elle est coûteuse ? Elle l'est, j'en conviens; mais cette dépense, rentrée dès la première année par les produits qu'elle assure, sera faite pour plus d'un demi-siècle , pendant lequel on retirera annuellement une rente excédant le double de la dépense primitive.

Objectera-t-on la complication de sa forme ? Elle est composée de parties simples et toutes uniformes : quatre étages parfaitement semblables forment une ruche dont le dessus est fermé par une planche qui lui sert de couverture.

Objectera-t-on la difficulté de son usage ? Rien n'est plus simple encore :

On reçoit l'essaim dans trois étages, sur lesquels on en place un quatrième quand ils sont pleins.

Toutes les fois que le quatrième étage est plein, on l'enlève.

À l'entrée de chaque hiver, on enlève l'étage inférieur.

À la sortie de chaque hiver, on replace un étage vide sur la ruche.

Pour faire un essaim, on enlève, six ou huit jours après l apparition des mâles, et à toute heure de la journée, les deux étages inférieurs qu'on a frappés légèrement pour y attirer la reine, et on laisse en place les deux étages supérieurs.

Voilà en substance toute la pratique de cette ruche ; et ces seuls préceptes, rigoureusement observés, peuvent suffire pour en tirer, les plus grands avantages. La majeure partie des gens de la campagne n'a pas besoin d'en savoir davantage.