Bébert.  Accueil La ruche française Introduction Des abeilles Ruchers Ruches Construction de la Ruche Française Usage de la Ruche Française Miel Cire

Troisième partie

Fleuron

MANIPULATION DU MIEL

et

PRÉPARATION DE LA CIRE

Fleuron

Cet ouvrage devrait être terminé ici : car ce n'est point un traité complet sur les abeilles que j'ai promis, mais l'indication d'une ruche qui, gouvernée par une méthode simple, réunit tous les avantages qu'on s'est proposés jusqu'ici dans la culture des abeilles, savoir : les récoltes de miel pur, le renouvellement de la cire, et l'essaimage artificiel. Je crois avoir rempli cette tâche. Cependant des cultivateurs qui ne seraient munis que de ce seul ouvrage sur les abeilles, pourraient avoir besoin d'être éclairés sur la manière de préparer le produit de leurs ruches, pour le mettre dans le commerce. C'est pour eux que j'ajoute ici une troisième partie qui traite sommairement de cet objet.

CHAPITRE PREMIER

Manipulation du Miel

I – Miel vierge ou premier Miel

Le miel qu'on récolte dans les ruches françaises n'est pas seulement frais et emmagasiné dans une cire pure où rien n'en altère la qualité ; mais de plus on le récolte dans un temps où la chaleur de l'atmosphère permet de l'extraire très-facilement des rayons qui le contiennent.

Pour opérer cette extraction, il est nécessaire qu'on soit pourvu de baquets ou seaux, et de tamis de crin, moins larges que les seaux de quelques centimètres. Ces tamis sont traversé intérieurement de deux ou trois. baguettes placées parallèlement au fond, dont elles sont distantes de 5 à 6 centimètres,et assez longues pour que leurs extrémités débordent les tamis de 8 centimètres. Ces baguettes servent à soutenir les rayons dans les tamis, et leurs extrémités saillantes supportent les tamis sur les seaux. Au lieu de tamis, on peut se servir de corbeilles d'osier.

On ôte des étages les rayons de miel, en évitant de racler la couche de propolis qui les tenait attachés au plancher, et en ayant soin d'y laisser les petits rayons qui ne contiennent point de miel[1] ; on passe une lame de couteau bien mince sur les deux côtés des rayons, pour enlever les petits téguments de cire qui couvrent les alvéoles remplis de miel, et on met ces rayons dans les tamis placés sur les seaux ou baquets. On couvre cet appareil d'un linge pour le préserver des abeilles, et on le porte au soleil ; le lendemain on retourne les rayons, et on les expose de nouveau au soleil. La chaleur liquéfie le miel ; il coule des alvéoles et tombe dans les seaux à travers les tamis, qui le dépouillent des particules de cire qu'il pourrait entraîner avec lui.

On extrait ainsi, sans chaleur artificielle et sans pression, les six septièmes environ du miel que contiennent les rayons ; et ce miel non altéré, diaphane et dépourvu de toute matière hétérogène, est ce qu'on nomme miel vierge.

Ce miel est envasé dans des pots vernissés ou dans des petits barils de bois, et déposé dans un lieu frais et sec, ou il se durcit et peut se conserver plusieurs années sans altération. On conserverait de même le miel en rayons.

Si on veut donner au miel l'arôme de quelque fleur ou plante odoriférante, on parsème le tamis d'une poignée des feuilles de la plante ou de la fleur dont le parfum est préféré, ayant d'y placer les rayons ; et on fait ainsi du miel musqué, à la fleur d'oranger, à la rose, au jasmin, etc.

II – Miel pressé ou second Miel

Si on avait beaucoup de ruches, il faudrait, de toute nécessité, se munir d'un petit pressoir, tant pour extraire les deuxième et troisième miel, que pour préparer la cire ; mais si on n'en a qu'une petite quantité, on peut employer le moyen suivant :

On ôte les rayons des tamis lorsqu'ils cessent d'égoutter; on les met dans un sac de toile forte et claire, dont le fond est pointu ; on lie ce sac, et on l'attache à une bonne corde, qui est fixée au plancher, de quelque façon solide, et qui est assez longue pour que la pointe du sac ne soit qu'à 66 centimètres environ de terre; on place un seau dessous, et deux personnes pressent le sac entre deux gros bâtons polis, qu'elles tiennent par les deux extrémités, en les glissant du dessus du sac à la pointe, dans tous les sens, jusqu'à ce que le miel ne dégoutte plus.

Ce second miel, qui n'a point la transparence du premier, et qui n'est pas, à beaucoup près, aussi exquis, est encore fort bon ; il s'envase et se conserve de même.

III – Miel cuit ou troisième Miel

On retire du sac le marc des rayons ainsi pressés avec les bâtons ou le pressoir ; on l'émie dans une petite quantité d'eau tiède, dans laquelle on le laisse baigner quelques minutes ; on le remet dans le sac avec cette eau, et on le passe de nouveau par la presse ou par les bâtons.

Ce troisième miel mélangé d'eau n'a pas de consistance ; mais on la lui donne en le faisant bouillir sur un feu doux, pour évaporer l'eau qui le tient en dissolution. Ce miel est celui dont on se sert pour nourrir les abeilles, ou en le leur donnant pur, ou en y ajoutant du moût de raisin avec un peu de sel, et faisant bouillir le mélange jusqu'à consistance de sirop. Au lieu de réduire en miel ce second pressis, on peut en faire un hydromel commun, si on en a une certaine quantité.

IV – Hydromel commun

On met dans une chaudière le liquide provenant de la seconde pression du marc des rayons, ainsi que l'eau tiède avec laquelle on a lavé tous les ustensiles employés à l'extraction du miel. On fait bouillir cette eau miellée sur un feu doux et en l'écumant, jusqu'à réduction d'un quart au moins. On la passe par un linge ou par un tamis, et on l'entonne dans un baril débondonné, placé dans un lieu chaud, pour exciter la fermentation. Ce qui reste, après le baril rempli, se met dans des bouteilles aussi débouchées, qu'on dépose au même endroit.

La fermentation s'établit bientôt ; on peut même l'exciter en ajoutant un peu de levure de bière, fraîche et lavée ; et, à mesure que la liqueur diminue dans le baril, on le remplit avec celle des bouteilles. Quand la fermentation se calme, on pose le bondon légèrement sur la bonde, et on l'enfonce peu à peu, tous les jours, sans discontinuer de remplir le baril. On le descend à la cave, où sa confection s'achève, et trois mois après on peut commencer à le boire.

V Vin de miel on Hydromel vineux

Cet hydromel se fait comme le précédent, avec cette seule différence, qu'au lieu d'eau miellée, on prend une partie de miel pur ou épuré, qu'on étend dans quatre parties d'eau ; et on fait bouillir le mélange en l'écumant, jusqu'à réduction d'un tiers. On entonne les deux tiers de la liqueur dans un baril débondonné , et le reste dans des bouteilles débouchées ; puis on achève comme dans le paragraphe précédent.

Cet hydromel, mis en bouteilles au mois de mars, mousse comme du vin de Champagne.

On fait encore un hydromel vineux fort agréable, en mêlant 10 kilogrammes de miel purifié ou sirop de miel avec dix litres de vin blanc et deux litres d’alcool franc de goût, et mettant le tout dans des bouteilles cachetées.

VI – Eau-de-vie de Miel

Lorsqu'on a un alambic, au lieu de faire bouillir l'eau miellée provenue de la seconde pression du marc, pour en faire de l'hydromel, on peut la laisser fermenter cinq à six semaines au soleil ou dans un lieu chaud, avec l'attention de la couvrir pour la garantir des abeilles ; après quoi on en obtient, par distillation, une sorte de tafia très spiritueux.

VII – Purification du Miel, ou Sirop de Miel

Les moyens tentés jusqu'ici pour convertir le miel en sucre cristallisé, n'ont encore donné que des résultats imparfaits, plus propres à satisfaire la curiosité des chimistes qu'à servir dans les ménages ; l'économie domestique se trouve donc réduite à suppléer au sucre de canne par le miel, en l'employant sans préparation lorsqu'il est pur, et après l'avoir purifié s'il est impur ou pressé.

Voici comment se fait cette purification :

On verse 10 kilogrammes de miel impur dans une chaudière avec 5 litres d'eau ; on agite et l'on chauffe promptement le mélange jusqu'à l'ébullition. On y projette alors 1 kilogramme de charbon animal préalablement traité par l'acide chlorhydrique ; on délaie avec soin, et, après deux minutes d'ébullition, on ajoute encore 2 hectogrammes de charbon végétal en poudre grossière, et on agite fortement pendant une ou deux minutes. On a préparé d'avance 1 hectogramme de blancs d'œufs avec leurs coquilles, fouettés dans un litre d'eau ; on les jette alors dans la chaudière, et on agite très vivement le tout; puis on retourne complètement la masse par quatre ou cinq secousses imprimées du fond de la chaudière à l'aide d'un râble en bois qu'on enlève aussitôt.

Dès que l'ébullition se manifeste, le mélange est jeté sur un filtre de laine. Le premier liquide, qui passe ordinairement trouble, est reçu à part et rejeté sur le filtre.

Le produit de la filtration, s'il n'est pas employé immédiatement à des usages domestiques, est concentré dans une chaudière plate par une évaporation vive et rapide. L'opération est d'autant plus parfaite que le miel est resté moins. longtemps en contact avec le feu.

Le sirop ainsi obtenu, parfaitement pur et dépouillé de l'arôme du miel, peut remplacer le sucre dans la fabrication des confitures, compotes, gelées et liqueurs communes, de même que dans tous les usages domestiques.


[1]Cette attention a pour effet d'exciter singulièrement au travail les abeilles à qui on donne des étages où il y a ainsi un commencement d'ouvrage. On garantit ces étages des œufs de fausses-teignes, en les mettant dans un lieu fermé jusqu'à ce qu'on trouve l'occasion de les placer sur quelques ruches.